Bienvenue en Amazonie

Ça n’est pas un secret, visit la science est encore loin d’avoir parfaitement cerné toute l’étendue de la richesse biologique de notre planète : les estimations les plus récentes (juin 2011) parlent de 14% d’espèces identifiées et décrites, contre 86% restant en principe à découvrir. Là où au milieu de ces chiffres déjà effarants une surprise supplémentaire peut émerger, c’est sur le fait que même sur un territoire comme la France, il demeure des espèces animales méconnues, voire même complètement inconnues ! Parmi celles-ci, des créatures qui vivent au plus près de l’Homme, en toute discrétion : les chauves-souris…

Certaines des 33 espèces à ce jour connues en France n’ont été découvertes et décrites que très récemment, comme l’Oreillard montagnard (1965), le murin du Maghreb (1977) ou encore le Murin d’Alcathoe (2001), d’autres possèdent des modes de vie tellement délicats à étudier que leur connaissance reste très approximative et incertaine (Murin de Natterer et murin d’Escalera). Cela concerne entre autre leur répartition exacte et leur densité ça et là sur le territoire français (grande noctule, pipistrelle pygmée, murin de Brandt), mais aussi leur comportement social, leurs déplacements, la nature de leurs migrations pour certaines d’entre elles (Vespertillon bicolore, pipistrelle de Nathusius), ou encore les interactions concrètes existant entre l’Homme d’aujourd’hui et ces animaux (grand et petit rhinolophe, rhinolophes de Méhely et Euryale, barbastelle d’Europe) ; les activités humaines ayant toujours eu -il s’agit cette fois d’une réalité avérée- une part de responsabilité non négligeable dans le déclin comme dans le développement des chiroptères au fil des siècles. Ces interrelations s’expriment à des niveaux très divers, de façon directe comme indirecte, c’est ce sur quoi va s’attarder cet article.

L’homme et la chauve-souris : unis pour le pire et pour le meilleur.

Comme tous les êtres vivants, chaque espèce de chauve-souris est associée à des besoins écosystémiques bien précis. La forme de dépendance qui en découle à l’égard de milieux naturels spécifiques, équilibrés et stables, se double toutefois, pour beaucoup d’entre elles sous nos latitudes, d’un sens de l’opportunisme pour le moins remarquable. Si, bien évidemment, le déclin des espaces naturels d’origine n’a pas manqué de leur porter atteinte, force est d’admettre qu’elles ont pour beaucoup su parfaitement s’adapter à la modification et surtout à l’appropriation des milieux qui a accompagné, au fil des siècles, le développement des sociétés humaines d’Europe occidentale.

Charpente en bois

Une charpente de grange : un paradis à chauves-souris !

Citons l’influence de l’agriculture traditionnelle, qui, en ouvrant petit à petit les immensités forestières, a accru les territoires de chasse des chiroptères les moins adaptés aux milieux boisés les plus denses. Les haies bocagères ainsi créées ont constitué qui plus est de véritables corridors écologiques que se sont empressées d’emprunter nombre d’espèces afin d’étendre progressivement leur aire de répartition. Idem au sujet des mares que le monde agricole a creusé puis longtemps entretenu : abreuvoir pour le bétail la journée, ces micro-habitats se sont révélés de parfaits sites de chasse pour certaines espèces de chiroptères une fois la nuit venue (murins)… Au sein de cet écosystème artificiel mais somme toute parfaitement équilibré qu’est le bocage, les chauves-souris ont de plus pu profiter d’une nourriture aussi variée qu’abondante (développement et enrichissement de l’entomofaune), devant en grande partie sa présence et son essor à des pratiques agricoles mesurées car à dimension humaine (élevage extensif, polyculture vivrière, maillage bocager dense, sylviculture raisonnée, etc).

Sur le même principe, l’habitat humain a longtemps permis aux chauves-souris de jouir d’opportunités idéales en fournissant aussi bien des gîtes de parturition que de parfaits sites d’hibernation (caves, granges, combles accessibles, souterrains), et ce dans des proportions que la nature elle même n’aurait pas pu permettre. Quoi de plus logique, dès lors, que de voir ces mammifères volants en plein essor au plus près de l’Homme et de son quotidien.

La relation étroite qui existe entre chiroptères et monde agricole a toutefois failli porter un coup fatal à beaucoup d’espèces lorsqu’à l’agriculture extensive à petite échelle s’est progressivement substituée une agriculture plus intensive et surtout mécanisée : dans la deuxième moitié du XXème siècle, les haies et les mares ont été détruites pour faciliter l’emploi de machines agricoles de plus en plus grandes, destinées autant à satisfaire un nombre de bouches à nourrir de plus en plus important en ville, qu’à multiplier les profits. En ces terres, plus de gîtes, plus de corridors, peu de nourriture, les chiroptères n’ont pu dès lors que péricliter, voire disparaître. L’élevage intensif et les monocultures céréalières à perte de vue ont eux aussi porté un coup dur à la biodiversité, tout comme le flot de pesticides aussi rémanents que peu sélectifs qui a longtemps inondé le monde rural, y compris dans les quelques régions de prairies et de bocage à peu près préservés (impact catastrophique du DDT jusque dans les années 80 sur les populations de barbastelles).

L’habitat typiquement moderne, lisse, froid, a parachevé le travail en fermant de plus en plus la porte -c’est le cas de le dire- aux chauve-souris. Les murs de pierre se sont enduits, les combles se sont aménagées, les charpentes ont été traitées, les clochers se sont grillagés, plus de place aux indésirables, et force est de constater que les chauves-souris font bel et bien partie de ce cortège à notre époque, même si rien de tout cela n’est vraiment voulu en soi. Les villes, jadis à dimension humaine, en se bétonnant sans retenue aucune, ont pris des proportions telles qu’en dehors de quelques espèces particulièrement anthropophiles et peu exigeantes (pipistrelles), plus aucune chauve-souris n’y vit (trop de lumière la nuit, peu de nourriture, etc.)

D’une certaine manière, ce que l’humilité par obligation a pu donner à une époque, il semblerait que la mégalomanie par choix l’ait finalement repris.

Quelques atteintes directes.

Connues sans être connues, les espèces les plus courantes de chauves-souris (pipistrelle commune, oreillards, murin de Daubenton) sont des animaux que le tout à chacun peut très facilement voir à la belle saison. Malheureusement, le sentiment de banalité qui peut se dégager d’une telle abondance ne contribue pas à faire réaliser à sa juste mesure toute la fragilité qui caractérise les chiroptères de façon générale, ni même d’ailleurs  l’importance qu’elles peuvent revêtir dans notre quotidien.

Bar38

La Barbastelle d’Europe : 90% de son régime alimentaire est composé de papillons, dont une énorme quantité de ravageurs de cultures comme les pyrales.

Ainsi, c’est sans complexe que, sous le prétexte d’un bruit excessif ou d’un amoncellement d’excréments, elles se retrouvent chassées de leurs gîtes lorsqu’elles se rassemblent à la belle saison avec leurs petits, ce à grand renfort de jet d’eau si nécessaire. Parfois ce sont même purement et simplement des rubans de papiers tue-mouches qui sont alignés sous les arbres pour s’en débarrasser… C’est oublier toutefois un peu vite, par exemple, que ces animaux sont d’excellents insecticides, une colonie de pipistrelles pouvant sans complexe ni relâche dévorer en un été plus de 15kg de moustiques ! La sentence est ainsi évidente : détruire une colonie que l’on a la chance d’avoir chez soi est très rapidement synonyme de nuits d’été agitées et de désagréables piqures des semaines durant dans tout le quartier ! Si la nature est parfois ironique, force est d’admettre qu’elle paient au moins toujours ses dettes… même si c’est à sa manière bien à elle !

Ce côté « insecticide » peut parfaitement être envisagé à grande échelle, et l’agriculture moderne devrait ne pas le minimiser, elle qui se repose habituellement sur des moyens de lutte hors de prix et de plus en plus sujets à caution, des moyens se devant qui plus est de constamment évoluer afin de rester efficaces contre des prédateurs des cultures toujours plus résistants. Une étude a d’ailleurs chiffré l’impact économique annuel, en Amérique du nord, de la prédation des chauves-souris sur les insectes parasites : il est question d’une équivalence en pesticide susceptible d’aller jusqu’à 53 milliards de dollars, une somme qui serait à débourser, donc, par les exploitants agricoles si les chiroptères du continent nord américain venaient à disparaître…

Entre autres atteintes assez récurrentes, il faut aussi citer l’impact des animaux domestiques et notamment du chat, ainsi que celui des dégradations de sites souterrains (feux nus, bruits, lumière, etc.). La circulation routière est à l’origine elle aussi d’une mortalité non négligeable, même si aucune étude n’a permis à l’heure actuelle de chiffrer avec précision les dégâts engendrés, tout comme c’est le cas pour les éoliennes. Les constats sont pourtant là et soulèvent nombre d’interrogations qui restent à élucider… Les travaux de rénovation ne sont eux non plus pas en reste, qu’il s’agisse de la réfection de vieux ponts colonisés par des chiroptères (murins), de barrages, de châteaux d’eau ou d’aqueducs. Cela inclus aussi les rénovations chez les particuliers bien sûr, comme l’aménagement de combles ou le calfeutrage des caves, des greniers et des dépendances. Des solutions de cohabitation existent toutefois, mais il reste à communiquer efficacement à ce sujet, autant qu’à sensibiliser sur l’intérêt de prendre en compte la faune, et notamment les chauves-souris, lors des travaux portés par les administrations et les collectivités territoriales, comme par les particuliers sur leur propriété.

Que dire encore de ce véritable fléau que représentent les éclairages publics à foison. Outre l’évident gaspillage d’énergie qu’ils induisent (aux frais du contribuable), leurs incidences sur la biodiversité sont énormes : sur les oiseaux migrateurs lors de leurs voyages, sur les rapaces nocturnes, et donc sur la recrudescence de leurs proies de prédilection, les rongeurs ; sur la diversité et la densité des insectes nocturnes, et par voie de conséquence sur leurs prédateurs, les chauves-souris… Ces éclairages ont une utilité, la sécurité des gens, c’est un fait que nul ne remet en question, mais est-ce vraiment nécessaire d’éclairer à ce point et des nuits durant des châteaux, des églises, des parcs publics (fermés), des bâtiments industriels (fermés), des commerces (fermés), des bâtiments administratifs (fermé) ?

Certaines espèces de chauves-souris ne sont pas particulièrement lucifuges, et chassent sans complexe autour des lampadaires. C'est le cas des pipistrelles. D'autres au contraire, comme les rhinolophes, fuient comme la peste la moindre lumière.

Certaines espèces de chauves-souris ne sont pas particulièrement lucifuges, et chassent sans complexe autour des lampadaires. C’est le cas des pipistrelles. D’autres au contraire, comme les rhinolophes, fuient comme la peste la moindre lumière.

Des lois existent et visent à protéger aussi bien les chauves-souris que les milieux qui leur sont favorables. Malheureusement leur applicabilité reste très aléatoire pour au moins deux raisons : la première est un évident manque de moyens publics pour garantir le respect des textes attenants à l’environnement. Ces moyens sont d’autant moins efficients qu’ils impliquent une certaine « ingérence » quant à ce qui se passe sur les propriétés privés où vivent l’essentiel des populations de chauves-souris, une volonté de maîtrise utopique puisqu’elle va à l’encontre de ce qui est culturellement -en terme de droit autant que de légitimité- le plus important aux yeux du français moyen : ce qui se passe chez lui (par opposition par exemple aux pays nordiques où culturellement l’intérêt commun prévaut sur le principe de propriété privé).

La deuxième raison tient plus d’une sorte de dévaluation la aussi très culturelle des enjeux liés à la biodiversité, à plus forte raison quand il est question d’espèces animales méconnues et réputées localement pour parfois causer des « nuisances ». En minimisant ainsi sur le plan affectif la valeur du problème (comme si ce qui avait une importance moindre n’en avait finalement plus du tout), le système ne fait que contribuer tout bonnement à légitimer le non-respect de ces textes par le tout à chacun.

A cela ne manque bien sûr pas en plus de se rajouter un non-respect des lois tout simplement par méconnaissance… Nous sommes donc bien là face à un réel problème de sensibilisation reposant sur de la pédagogie et donc un effort de communication.

En Bref !

Fragiles, méconnues et propices à moult découvertes réjouissantes pour les passionnés, les chiroptères ont depuis toujours tissé un lien étroit avec l’Homme. Cette relation, au fil des époques et des modes de développement sociétaux, ont tantôt été profitables, tantôt été calamiteux. Ceci dit elles sont toujours là, fidèles à nos côtés, n’attendant de nous rien de plus qu’un peu de compréhension et surtout de respect. Si les lois ont tardé à les protéger, ce n’est pas le cas des démarches de sensibilisation qui pour certaines ont déjà plus de deux cent ans, faisant de ces petits animaux les premières créatures à être l’objet d’un regard réellement « écolo ». Si rien n’est acquis aujourd’hui quant à leur survie, il faut admettre que les choses pour une fois ne vont pas si mal, même si une foule d’exemples tendent à démontrer que la vigilance reste de mise.

Ça n’est pas un secret, price la science est encore loin d’avoir parfaitement cerné toute l’étendue de la richesse biologique de notre planète : les estimations les plus récentes (juin 2011) parlent de 14% d’espèces identifiées et décrites, contre 86% restant en principe à découvrir. Là où au milieu de ces chiffres déjà effarants une surprise supplémentaire peut émerger, c’est sur le fait que même sur un territoire comme la France, il demeure des espèces animales méconnues, voire même complètement inconnues ! Parmi celles-ci, des créatures qui vivent au plus près de l’Homme, en toute discrétion : les chauves-souris…

Certaines des 33 espèces à ce jour connues en France n’ont été découvertes et décrites que très récemment, comme l’Oreillard montagnard (1965), le murin du Maghreb (1977) ou encore le Murin d’Alcathoe (2001), d’autres possèdent des modes de vie tellement délicats à étudier que leur connaissance reste très approximative et incertaine (Murin de Natterer et murin d’Escalera). Cela concerne entre autre leur répartition exacte et leur densité ça et là sur le territoire français (grande noctule, pipistrelle pygmée, murin de Brandt), mais aussi leur comportement social, leurs déplacements, la nature de leurs migrations pour certaines d’entre elles (Vespertillon bicolore, pipistrelle de Nathusius), ou encore les interactions concrètes existant entre l’Homme d’aujourd’hui et ces animaux (grand et petit rhinolophe, rhinolophes de Méhely et Euryale, barbastelle d’Europe) ; les activités humaines ayant toujours eu -il s’agit cette fois d’une réalité avérée- une part de responsabilité non négligeable dans le déclin comme dans le développement des chiroptères au fil des siècles. Ces interrelations s’expriment à des niveaux très divers, de façon directe comme indirecte, c’est ce sur quoi va s’attarder cet article.

 

L’homme et la chauve-souris : unis pour le pire et pour le meilleur.

Comme tous les êtres vivants, chaque espèce de chauve-souris est associée à des besoins écosystémiques bien précis. La forme de dépendance qui en découle à l’égard de milieux naturels spécifiques, équilibrés et stables, se double toutefois, pour beaucoup d’entre elles sous nos latitudes, d’un sens de l’opportunisme pour le moins remarquable. Si, bien évidemment, le déclin des espaces naturels d’origine n’a pas manqué de leur porter atteinte, force est d’admettre qu’elles ont pour beaucoup su parfaitement s’adapter à la modification et surtout à l’appropriation des milieux qui a accompagné, au fil des siècles, le développement des sociétés humaines d’Europe occidentale.

Citons l’influence de l’agriculture traditionnelle, qui, en ouvrant petit à petit les immensités forestières, a accru les territoires de chasse des chiroptères les moins adaptés aux milieux boisés les plus denses. Les haies bocagères ainsi créées ont constitué qui plus est de véritables corridors écologiques que se sont empressées d’emprunter nombre d’espèces afin d’étendre progressivement leur aire de répartition. Idem au sujet des mares que le monde agricole a creusé puis longtemps entretenu : abreuvoir pour le bétail la journée, ces micro-habitats se sont révélés de parfaits sites de chasse pour certaines espèces de chiroptères une fois la nuit venue (murins)… Au sein de cet écosystème artificiel mais somme toute parfaitement équilibré qu’est le bocage, les chauves-souris ont de plus pu profiter d’une nourriture aussi variée qu’abondante (développement et enrichissement de l’entomofaune), devant en grande partie sa présence et son essor à des pratiques agricoles mesurées car à dimension humaine (élevage extensif, polyculture vivrière, maillage bocager dense, sylviculture raisonnée, etc).

Sur le même principe, l’habitat humain a longtemps permis aux chauves-souris de jouir d’opportunités idéales en fournissant aussi bien des gîtes de parturition que de parfaits sites d’hibernation (caves, granges, combles accessibles, souterrains), et ce dans des proportions que la nature elle même n’aurait pas pu permettre. Quoi de plus logique, dès lors, que de voir ces mammifères volants en plein essor au plus près de l’Homme et de son quotidien.

La relation étroite qui existe entre chiroptères et monde agricole a toutefois failli porter un coup fatal à beaucoup d’espèces lorsqu’à l’agriculture extensive à petite échelle s’est progressivement substituée une agriculture plus intensive et surtout mécanisée : dans la deuxième moitié du XXème siècle, les haies et les mares ont été détruites pour faciliter l’emploi de machines agricoles de plus en plus grandes, destinées autant à satisfaire un nombre de bouches à nourrir de plus en plus important en ville, qu’à multiplier les profits. En ces terres, plus de gîtes, plus de corridors, peu de nourriture, les chiroptères n’ont pu dès lors que péricliter, voire disparaître. L’élevage intensif et les monocultures céréalières à perte de vue ont eux aussi porté un coup dur à la biodiversité, tout comme le flot de pesticides aussi rémanents que peu sélectifs qui a longtemps inondé le monde rural, y compris dans les quelques régions de prairies et de bocage à peu près préservés (impact catastrophique du DDT jusque dans les années 80 sur les populations de barbastelles).

L’habitat typiquement moderne, lisse, froid, a parachevé le travail en fermant de plus en plus la porte -c’est le cas de le dire- aux chauve-souris. Les murs de pierre se sont enduits, les combles se sont aménagées, les charpentes ont été traitées, les clochers se sont grillagés, plus de place aux indésirables, et force est de constater que les chauves-souris font bel et bien partie de ce cortège à notre époque, même si rien de tout cela n’est vraiment voulu en soi. Les villes, jadis à dimension humaine, en se bétonnant sans retenue aucune, ont pris des proportions telles qu’en dehors de quelques espèces particulièrement anthropophiles et peu exigeantes (pipistrelles), plus aucune chauve-souris n’y vit (trop de lumière la nuit, peu de nourriture, etc.)

D’une certaine manière, ce que l’humilité par obligation a pu donner à une époque, il semblerait que la mégalomanie par choix l’ait finalement repris.

Quelques atteintes directes.

Connues sans être connues, les espèces les plus courantes de chauves-souris (pipistrelle commune, oreillards, murin de Daubenton) sont des animaux que le tout à chacun peut très facilement voir à la belle saison. Malheureusement, le sentiment de banalité qui peut se dégager d’une telle abondance ne contribue pas à faire réaliser à sa juste mesure toute la fragilité qui caractérise les chiroptères de façon générale, ni même d’ailleurs  l’importance qu’elles peuvent revêtir dans notre quotidien. Ainsi, c’est sans complexe que, sous le prétexte d’un bruit excessif ou d’un amoncellement d’excréments, elles se retrouvent chassées de leurs gîtes lorsqu’elles se rassemblent à la belle saison avec leurs petits, ce à grand renfort de jet d’eau si nécessaire. Parfois ce sont même purement et simplement des rubans de papiers tue-mouches qui sont alignés sous les arbres pour s’en débarrasser… C’est oublier toutefois un peu vite, par exemple, que ces animaux sont d’excellents insecticides, une colonie de pipistrelles pouvant sans complexe ni relâche dévorer en un été plus de 15kg de moustiques ! La sentence est ainsi évidente : détruire une colonie que l’on a la chance d’avoir chez soi est très rapidement synonyme de nuits d’été agitées et de désagréables piqures des semaines durant dans tout le quartier ! Si la nature est parfois ironique, force est d’admettre qu’elle paient au moins toujours ses dettes… même si c’est à sa manière bien à elle !

Ce côté « insecticide » peut parfaitement être envisagé à grande échelle, et l’agriculture moderne devrait ne pas le minimiser, elle qui se repose habituellement sur des moyens de lutte hors de prix et de plus en plus sujets à caution, des moyens se devant qui plus est de constamment évoluer afin de rester efficaces contre des prédateurs des cultures toujours plus résistants. Une étude a d’ailleurs chiffré l’impact économique annuel, en Amérique du nord, de la prédation des chauves-souris sur les insectes parasites : il est question d’une équivalence en pesticide susceptible d’aller jusqu’à 53 milliards de dollars, une somme qui serait à débourser, donc, par les exploitants agricoles si les chiroptères du continent nord américain venaient à disparaître…

Entre autres atteintes assez récurrentes, il faut aussi citer l’impact des animaux domestiques et notamment du chat, ainsi que celui des dégradations de sites souterrains (feux nus, bruits, lumière, etc.). La circulation routière est à l’origine elle aussi d’une mortalité non négligeable, même si aucune étude n’a permis à l’heure actuelle de chiffrer avec précision les dégâts engendrés, tout comme c’est le cas pour les éoliennes. Les constats sont pourtant là et soulèvent nombre d’interrogations qui restent à élucider… Les travaux de rénovation ne sont eux non plus pas en reste, qu’il s’agisse de la réfection de vieux ponts colonisés par des chiroptères (murins), de barrages, de châteaux d’eau ou d’aqueducs. Cela inclus aussi les rénovations chez les particuliers bien sûr, comme l’aménagement de combles ou le calfeutrage des caves, des greniers et des dépendances. Des solutions de cohabitation existent toutefois, mais il reste à communiquer efficacement à ce sujet, autant qu’à sensibiliser sur l’intérêt de prendre en compte la faune, et notamment les chauves-souris, lors des travaux portés par les administrations et les collectivités territoriales, comme par les particuliers sur leur propriété.

Que dire encore de ce véritable fléau que représentent les éclairages publics à foison. Outre l’évident gaspillage d’énergie qu’ils induisent (aux frais du contribuable), leurs incidences sur la biodiversité sont énormes : sur les oiseaux migrateurs lors de leurs voyages, sur les rapaces nocturnes, et donc sur la recrudescence de leurs proies de prédilection, les rongeurs ; sur la diversité et la densité des insectes nocturnes, et par voie de conséquence sur leurs prédateurs, les chauves-souris… Ces éclairages ont une utilité, la sécurité des gens, c’est un fait que nul ne remet en question, mais est-ce vraiment nécessaire d’éclairer à ce point et des nuits durant des châteaux, des églises, des parcs publics (fermés), des bâtiments industriels (fermés), des commerces (fermés), des bâtiments administratifs (fermé) ?

Des lois existent et visent à protéger aussi bien les chauves-souris que les milieux auxquels elles sont liées. Malheureusement leur applicabilité reste très aléatoire pour au moins deux raisons : la première est un évident manque de moyens publics pour garantir le respect des textes attenants à l’environnement. Ces moyens sont d’autant moins efficients qu’ils impliquent une certaine « ingérence » quant à ce qui se passe sur les propriétés privés où vivent l’essentiel des populations de chauves-souris, une volonté de maîtrise utopique puisqu’elle va à l’encontre de ce qui est culturellement -en terme de droit autant que de légitimité- le plus important aux yeux du français moyen : ce qui se passe chez lui (par opposition par exemple aux pays nordiques où culturellement l’intérêt commun prévaut sur le principe de propriété privé).

La deuxième raison tient plus d’une sorte de dévaluation la aussi très culturelle des enjeux liés à la biodiversité, à plus forte raison quand il est question d’espèces animales méconnues et réputées localement pour parfois causer des « nuisances ». En minimisant ainsi sur le plan affectif la valeur du problème (comme si ce qui avait une importance moindre n’en avait finalement plus du tout), le système ne fait que contribuer tout bonnement à légitimer le non-respect de ces textes par le tout à chacun.

A cela ne manque bien sûr pas en plus de se rajouter un non-respect des lois tout simplement par méconnaissance… Nous sommes donc bien là face à un réel problème de sensibilisation reposant sur de la pédagogie et donc un effort de communication.

 

En Bref !

Fragiles, méconnues et propices à moult découvertes réjouissantes pour les passionnés, les chiroptères ont depuis toujours tissé un lien étroit avec l’Homme. Cette relation, au fil des époques et des modes de développement sociétaux, ont tantôt été profitables, tantôt été calamiteux. Ceci dit elles sont toujours là, fidèles à nos côtés, n’attendant de nous rien de plus qu’un peu de compréhension et surtout de respect. Si les lois ont tardé à les protéger, ce n’est pas le cas des démarches de sensibilisation qui pour certaines ont déjà plus de deux cent ans, faisant de ces petits animaux les premières créatures à être l’objet d’un regard réellement « écolo ». Si rien n’est acquis aujourd’hui quant à leur survie, il faut admettre que les choses pour une fois ne vont pas si mal, même si une foule d’exemples tendent à démontrer que la vigilance reste de mise.

Cela fait plus d’un siècle et demi que la Jussie (Ludwigia sp.) est apparue en France. Jadis importée du Brésil et cultivée en tant que plante d’ornement pour les bassins, dosage elle a trouvée sur le réseau hydrographique français des conditions sans cesse plus adaptées à son développement et à son expansion : des eaux de plus en plus chaudes et riches en nutriments (nitrates, price phosphates, rx etc…), des réseaux de développement lui permettant de rapidement investir de nouveaux bassins (canaux, fossés d’irrigation) et surtout une indolence quasi-totale de la part des usagers de l’environnement qui ne voyaient au final en elle qu’une jolie petite fleur jaune.

C’était oublier un peu vite que sous cette fleur, il n’y avait pas moins de 6m de tige aquatique ramifiée qui lentement mais sûrement étouffait le monde aquatique !

Enracinée le long des berges, la jussie a proliféré, profitant de sa formidable capacité d’adaptation pour depuis une vingtaine d’années conquérir dans de plus en plus d’endroits de l’hexagone la moindre poche d’eau, même temporaire ! Répandant à la surface son épais feuillage (la partie aérienne peut faire 80cm de haut), elle coupe l’eau de tout échange avec le soleil, étouffant la végétation locale et transformant en véritable tombeau le monde aquatique condamné dès lors à une nuit sans fin.

Tous les substrats lui conviennent : la vase, le sable, et même les enrochements pourvu qu’elle puisse y faufiler ses racines… Des racines qui chaque année donnent naissance à de nouveaux pieds si elles ne sont pas entièrement arrachées, à l’instar de ses tiges constituant des milliers de boutures potentielles si elles venaient à être coupées (par les animaux, les bateaux, les lignes de pêche, etc…).

Sa formidable capacité d’adaptation ne semble pas avoir de limite : si l’eau ne lui convient plus (ou si cet élément venait à disparaître en surface), elle devient terrestre, se contentant d’enterrer encore plus profondément ses racines. Insidieuse, elle peut passer parfaitement inaperçue pendant des années puis soudain littéralement exploser à la faveur d’un été aux conditions un peu « différentes ». Je mets ici volontairement des guillemets car nul encore aujourd’hui ne comprends vraiment tout le potentiel de cette plante, ce qui sous-entend fatalement que nul aujourd’hui ne sait comment mettre un terme à une invasion qui prend de plus en plus des allures d’holocauste du monde aquatique…

La Jussie : le fléau des zones humides de France.

La Jussie : le fléau des zones humides de France.

Le bras armé de nos rivières !

Des études sont pourtant menées, par l’INRA, le CEMAGREF… mais rien n’y fait ! Quand une solution semble apparaître, aussitôt la plante se joue du scientifique et lui envoie au visage un contre exemple, gifle ironique s’il en est pour nous autres humains qui, ne l’oublions pas, avons été suffisamment stupides pour être à l’origine de ce drame écologique en ouvrant notre porte entre autre à cette plante (on en compte plus de 16 différentes en France, en ne comptant que celles liées aux zones humides) ! Reste alors la solution du curatif, ou plutôt du palliatif devrais-je dire… C’est à dire arracher, nettoyer, « débroussailler » ! Et à ce jeu là, aussi inégale que soit la lutte, rien n’est aisé !

La tache est énorme, ponctuellement, mais aussi récurrente car en dépit de l’énergie fournie il est utopique de croire qu’une eau sera définitivement débarrassée de l’envahisseur. Il faudra donc, encore et encore, recommencer. Cela réclame de l’argent, –car dans notre société tout passe à un moment ou à un autre par là-, afin de donner les moyens d’une lutte armée. Cela réclame aussi des bras pour porter ces armes… Et malheureusement, pour l’un et l’autre de ces impératifs, la matière première se fait rare, beaucoup trop rare…

Certains pourtant osent le combat, et se donnent les moyens d’une lutte à la hauteur de leur désespoir ! Ce fut le cas des 300, pour reprendre une analogie vis à vis d’un film dont la symbolique semble opportune, qui se sont déplacés le 27 septembre 2008 pour un coup d’éclat dans un marais morbihannais à l’agonie…

Près de la Gascilly, une région particulièrement infestée par le fléau vert et jaune, la fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique alertée par l’AAPPMA locale (Mortier de Glénac) a fourni les bras, et le conseil général les budgets.

Ainsi, plus de 300 bénévoles se sont retrouvé à l’aube pour donner de leur temps et de leur sueur afin de rendre vie à une zone humide devenue « sans visage » : des pêcheurs amateurs à la ligne, des pêcheurs amateurs aux engins, ainsi que des chasseurs, se sont unis ce jour et ont nettoyé, arraché, déraciné, à pied ou en bateau, plusieurs dizaines de mètres cubes de jussie. Un travail de fourmi comme l’ont avoué certains, venant parachever le gros ouvrage des jours précédents entrepris mécaniquement grâce à des engins de chantier adaptés.

En tout 2000 m3 de plantes envahissantes auront été enlevées… Éreintés, les participants auront à leur actif l’honneur d’avoir témoigné d’une indéniable urgence vis à vis de laquelle il était grand temps d’être acteur, une urgence que de toute évidence certaines sociétés de pêche ont enfin réalisée, que les élus locaux n’ignorent plus; une urgence face à laquelle les forces vives d’un département se sont engagées à agir !

Un joli petit coin de nature où la jussie malheureusement commence à s'implanter. Si rien n'est fait, en cinq ou six ans l'ensemble de la zone sera recouverte. La pêche et la navigation seront impossibles. La faune et la flore aquatique disparaitront...

Un joli petit coin de nature où la jussie malheureusement commence à s’implanter. Si rien n’est fait, en cinq ou six ans l’ensemble de la zone sera recouverte. La pêche et la navigation seront impossibles. La faune et la flore aquatique disparaitront…

Les bons, les brutes et les truands…

Le permis de pêche dans le Morbihan est plus cher que dans bien des départements, c’est un fait, mais chaque adhérant peut récupérer la différence simplement en participant à ce genre d’opération, ce qui marche très bien depuis 20 ans, (un millier de participants en l’an 2000 !)…

Cela marche d’autant mieux que ces opérations de nettoyage se font sous le contrôle de structures compétentes qui forment et informent les bénévoles et les associations participantes sur les gestes à faire ou à ne pas faire.

Enfin, cette politique est d’autant plus honorable qu’elle tranche radicalement avec celle d’autres associations de pêche, ailleurs en France, des associations qui au mieux ignorent le problème tant qu’il ne s’avère pas trop « gênant », au pire s’autorisent le droit, de façon autonome, plus ou moins cachée, et donc absolument sans contrôle, de monter des opérations de lutte pour le moins discutables.

L’exemple le plus flagrant de ce genre de pratique est le fait de répandre des bidons entiers d’herbicides, d’une marque aussi connue que critiquée, dans les milieux aquatiques envahis. La conséquence est simple et évidente : pollution des eaux, destruction plus ou moins évidente de la faune, mais aussi éradication de la plupart des espèces végétales les moins « solides » (comme un fait exprès les espèces autochtones qui elles sont essentielles à l’équilibre écologique des lieux) au profit des plus résistantes, en tête venant justement cette fameuse jussie qui, du coup, se voit considérablement aidée dans son expansion pour les saisons à venir !

C’est vrai, le conseil général du Morbihan a moult autres impératifs que les seules problèmes écologiques, mais il s’est quand même engagé à débloquer des fonds pour contribuer encore plus efficacement à la lutte notamment mécanique contre les plantes invasives, et pour une fois pas seulement sur les réseaux navigables (ndlr: 500 000€ en 2008) mais aussi sur les espaces naturels isolés…

A l’image du paradoxe détaillé plus haut, cette politique des pouvoirs publics est à saluer tant elle n’a pas valeur de coutume dans bon nombre d’administration ailleurs en France.

En effet, il est bien plus fréquent de voir l’argent du contribuable dépensé pour des opérations de lutte uniquement concentrées sur des espaces ou bien « rentables » (les rivières navigables ont une forme d’économie, basée sur le tourisme, qui leur assure une bien meilleure attention des pouvoirs publics qu’un modeste marais loin de tout et de tous) ou bien à la vue de tous et donc sujets à facilement déclencher des polémiques auprès des usagers.

Avant le chantier de nettoyage : la jussie a totalement recouvert cet étier

Avant le chantier de nettoyage : la jussie a totalement recouvert cet étier

Après le chantier de nettoyage : l'étier a repris son allure normale.

Après le chantier de nettoyage : l’étier a repris son allure normale.

Gérer le problème de façon globale n’est certes pas gage de succès « absolu », mais il a au moins le mérite d’être cohérent car en accord avec l’ensemble des éléments constituant la nature même du problème à traiter. En effet, la jussie est vicieuse : le moindre espace qui n’est pas nettoyé, comme une mare chez un particulier, un petit marais isolé, ou encore une portion de ruisseau perdue dans une haie bocagère, constitue un point de départ à la colonisation de tout le reste du réseau hydrographique, assurant donc un retour certain de la plante dans des délais d’autant plus rapides que les petits espaces non traités sont nombreux, des zones qui devront de fait être encore plus régulièrement entretenues à grands coups d’euros tout droit sortis, s’il est encore utile de le rappeler, de la poche du contribuable.

Que dire encore de la politique nationale vis à vis de cette problématique ? Des études sont en cours, c’est vrai (les espèces invasives constituent la deuxième cause la plus importante de perte de la biodiversité dans le monde, juste après la destruction et la fragmentation des habitats). Une réelle prise en compte du problème existe, c’est tout aussi vrai, mais l’Etat a t’il une considération de l’étendue et de l’urgence à la réelle hauteur des constats faits sur le terrain ? Sachant que la plupart des espèces végétales invasives sont encore légalement disponibles à la vente, on serait en droit d’en douter.

Petit bémol toutefois, car ça n’est pas tout à fait vrai : la plante la plus symbolique et représentative du problème, la jussie, est elle bel et bien interdite à la vente depuis mai 2007 via un arrêté ministériel (1), mais ça n’est pas le cas de la Renouée du Japon, du Myriophylle du Brésil, de l’Elodée du Canada, bref des 35 autres espèces végétales reconnues comme invasives en Europe, et encore moins des 23 sous surveillance car susceptibles de rapidement le devenir, toutes ces plantes étant disponibles en jardinerie, au rayon aquariophilie des animaleries et même sur internet dans des petites annonces. Comment avoir confiance, d’ailleurs, lorsque l’on voit l’absence de communication au sujet de ces espèces; que ce soit à l’intention du tout à chacun qui, en toute bonne foi, cultive carrément certaines de ces plantes dans son jardin sans se douter de leur potentiel nuisible (renouée, rhododendron…), mais aussi de l’élu local qui continue lui aussi la plupart du temps en toute bonne foi, car sans compétence particulière dans ce domaine, d’aménager certains espaces publics avec ces espèces (buddleya, mimosa, herbe à pampa…).

Comme souvent quand il est question d’une problématique environnementale, on tend à « prendre son temps », à relativiser les faits afin d’en atténuer l’aspect dramatique, et ça n’est que lorsque le problème est clairement évident, irréfutable, et accompagné de conséquences directes sur l’Homme ou son fonctionnement sociétal, que l’action (souvent dans l’urgence) soudainement se substitue au bla-bla. Après tout, il est logique de ne chercher à résoudre un problème que lorsque l’on est sûr qu’il y en a un ! Mais cette lapalissade en est elle vraiment une en matière d’écologie et de gestion du patrimoine naturel ? Bref est-on vraiment obligé de rentrer dans un mur en voiture pour réaliser que cela aurait pu être évité…

… en freinant à temps ?

2 Replies to “Bienvenue en Amazonie”

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