La profondeur de champ

Parce qu’elle permet d’inclure au sein d’une photographie la notion de distinction graphique entre le plan net contenant le sujet et les plans plus ou moins flous de part et d’autres de celui-ci, store pharmacy la profondeur de champ constitue un paramètre fondamental qu’il est essentiel de bien maîtriser lors de la composition d’une image.

La profondeur de champ est liée au réglage du diaphragme de l’objectif. Elle se manifeste à l’image par un intervalle net plus ou moins « large » sur la zone de mise au point, un intervalle évoluant de part et d’autre de cette zone vers un flou de plus en plus affirmé. La profondeur de champ varie aussi en fonction de la distance de mise au point ainsi qu’en fonction de la taille du capteur du boîtier. Le réglage de ce paramètre permettra ou bien de mettre en valeur avec précision le sujet en le dégageant visuellement de son environnement, ou bien d’obtenir une image intégralement nette.

Le premier cas de figure est tout particulièrement bien adapté à la macro et à la proxyphotographie, tandis que la deuxième option conviendra davantage à la photographie de paysage ainsi qu’à la photo de nature documentariste (une approche descriptive qui impose entre autre la parfaite netteté / lisibilité du sujet excluant toute forme d’interprétation subjective)

Les bases : ouverture et objectif.

Le degré d’ouverture du diaphragme est formalisé par une unité de mesure spécifique reposant sur un ratio : F/x, où F désigne la focale utilisée (une donnée variable en photographie réflexe puisque les objectifs sont interchangeables), et où x désigne une succession de valeurs standardisées. Ces standards reposent sur des ouvertures particulières du diaphragme, sur la base d’apports en lumière vers le capteur passant du simple au double d’un réglage à l’autre1. Concrètement, cela donne la chose suivante :

F/2.8, F/4, F/5.6, F/8 et F/11 sont cinq réglages d’ouverture de diaphragme successifs où chaque nouvelle valeur de x apporte deux fois moins de lumière que la valeur précédente. Ainsi F/4 correspondra à un réglage de diaphragme apportant deux fois moins de lumière au capteur qu’un réglage de diaphragme de F/2.8. Dans la logique de cette idée, un réglage de F/11 apportera donc 16 fois moins de lumière au capteur qu’un réglage de F/2.8 (2X2X2X2). Et caetera… Chacun des réglages de diaphragme aura une influence directe sur la profondeur de champ selon la règle suivante : plus le diaphragme est ouvert, plus la profondeur de champ est courte. Cela veut dire que la profondeur de la zone nette de l’image sera plus faible à F/2.8, par exemple, qu’à F/11.

Dans le ratio d’ouverture F/x, il est aussi question de la Focale (F). Modifier celle-ci va donc forcément influer sur la profondeur de champ. En effet, plus la focale sera longue et plus la profondeur de champ, pour une même valeur de x, sera quant à elle courte. Cela signifie, par exemple que pour une valeur d’ouverture de F/4, et face à un sujet situé bien sûr à la même distance, la profondeur de champ de l’image sera plus courte si l’on utilise un objectif de 400mm que si l’on utilise un objectif de 100mm.

La focale utilisée, la distance de mise au point et le réglage d'ouverture du diaphragme vont définir l'importance de la zone nette de l'image.

La focale utilisée, la distance de mise au point et le réglage d’ouverture du diaphragme vont définir l’importance de la zone nette de l’image.

Distance de mise au point et taille de capteur.

Chaque objectif est caractérisé par une formule optique dont le but est, de façon simplifiée, de faire coïncider les proportions de la scène photographiée avec celles du capteur du boîtier2. Cette formule est, entre autre, basée sur les positions relatives du « plan objet » sur lequel on fait la mise au point, et du « plan image » qui n’est autre que le capteur du boîtier. Modifier cette formule en faisant varier la distance de mise au point va entraîner des conséquences sur la profondeur de champ. Concrètement parlant, cela signifie que la profondeur de champ, pour un même réglage d’ouverture et avec le même objectif, va varier en fonction de la distance du sujet : plus cette distance sera lointaine, plus la profondeur de champ sera grande. Parce que la taille du capteur du boîtier intervient aussi dans le calcul de la formule optique d’un objectif, sa modification induira de la même façon des conséquences sur la profondeur de champ : plus le capteur est petit, plus la profondeur de champ est courte à réglages égaux et avec le même objectif. Par exemple : entre un capteur au format 15X22 et un full frame 24X36, la profondeur de champ sera plus faible, à réglages égaux et avec un même objectif, avec le 15X22

Profondeur de champ et matériel : le piqué de l’image

La profondeur de champ est une donnée essentielle qui conditionne autant le choix de son matériel que la pratique de la photographie en soi (la réalisation et la composition d’une image à proprement dit, et donc le résultat obtenu). En effet, la qualité de la profondeur de champ représente un des aspects majeurs permettant de définir les performances et les limites d’un objectif :

Le piqué d’une image caractérise la qualité de ses détails sur sa zone de mise au point. Cette notion permet aussi de juger de la qualité d’un objectif selon sa capacité ou non à retranscrire fidèlement et avec précision les moindres détails. Généralement, la meilleure qualité de piqué se trouve sur la plage de réglage de profondeur de champ intermédiaire, et tend à perdre en qualité au fur et à mesure que l’on applique des ouvertures de plus en plus extrêmes. La qualité d’un objectif sera donc proportionnelle à sa capacité à assurer un piqué de qualité lors des réglages de profondeur de champ les plus extrêmes.

Le bokéh de l’image, la luminosité d’un objectif, les aberrations.

Si le piqué caractérise la qualité de la zone nette d’une image, le bokéh3 quant à lui caractérise plutôt la qualité de ses flous et de ses fondus progressifs depuis la zone nette de l’image. Là encore, la qualité de bokéh est directement liée à la qualité de l’objectif utilisé. Comme pour le piqué d’une image, il est estimé en fonction d’images réalisées avec différents réglages de profondeur de champ (sur des réglages d’ouverture modérés à élevés en particulier, car le bokéh est inhérent à la forme et au nombre des lamelles du diaphragme).

On dit qu’un objectif est lumineux quand il permet de réaliser de très grandes ouvertures de diaphragme proportionnellement à sa longueur focale. Là encore il y a une notion sous-entendue de qualité d’objectif, basée sur le comportement de celui-ci à grande ouverture, en analysant principalement la qualité du piqué obtenu avec les profondeurs de champ les plus courtes. Cela rejoint donc le même contexte que le premier point évoqué plus haut.

La correcte gestion de la profondeur de champ est un principe fondamental qu'il est essentiel de maîtriser.

La correcte gestion de la profondeur de champ est un principe fondamental qu’il est essentiel de maîtriser.

Parce qu’un diaphragme presque complètement fermé ou ouvert (avec donc une profondeur de champ très grande ou très petite) produit ou accentue de nombreuses aberrations optiques4, un objectif de qualité doit être conçu pour au mieux les éviter ou au pire les limiter. Il peut s’agir de l’aberration sphérique (une sorte de voile couvrant les images peu contrastées prises à grande ouverture), de coma (irisation des couleurs, déformation du bokéh, à grande ouverture le plus souvent), de vignettage (apparition de bords sombres à l’image, à grande ouverture), ou de flare (baisse du contraste dans les tons sombres de l’image, à faible ouverture).

Maîtriser la profondeur de champ.

Les astuces et conseils ici présentés font bien sûr abstraction de l’usage d’un quelconque mode « automatique » de son boîtier où la profondeur de champ ne peux par principe être contrôlée. En effet, pour progresser quant à la maîtrise de celle-ci, il est indispensable de lui préférer le mode « manuel » ou le mode de « priorité à l’ouverture ».

Dans l’absolu, composer une image en tenant compte des opportunités de création offertes par la possibilité de réglage de la profondeur de champ, c’est lui rendre son caractère tridimensionnel de façon totalement maîtrisée, avec donc d’un côté le plan du sujet (la zone de mise au point) et de part et d’autre de celui-ci d’autres plans qui seront mis en valeur de manière réfléchie afin de valoriser l’impression de « relief » de l’image. D’une façon générale, la démarche est donc quasi toujours la même : l’ouverture du diaphragme devra être réglée de façon à ce que la profondeur de champ assure au minimum la parfaite netteté du sujet, et de façon complémentaire la mise en valeur cohérente et esthétique de son environnement (plus ou moins flou). Cela amène donc à particulièrement tenir compte de cet environnement en fonction de son rendu potentiel, au gré des différents réglages de profondeur de champ possibles. Cela amène aussi bien sûr à mûrir encore plus le cadrage global de l’image, en tenant compte désormais de ce nouvel impératif de plans superposés.

Définir la profondeur de champ minimale de sa photographie.

Comme dit plus haut, l’idée de base est d’avoir au moins son sujet de bien net, avec donc un réglage de profondeur adapté à ce résultat escompté. Cela amène toutefois à s’interroger sur ce que l’on souhaite poser comme sujet principal au sein de sa photographie, et étrangement, c’est là que beaucoup de personnes tendent à cafouiller à vouloir aller trop vite… En effet, il ne suffit pas par exemple, sous prétexte qu’une libellule doit être le sujet principal de son image, de faire sa mise au point dessus de façon inconsidérée avec une profondeur de champ « approximative », pour que sur l’image obtenue soit retranscrite parfaitement la notion de « sujet ». Il convient au contraire et avant tout de se poser la question de savoir quel est vraiment ce que l’on souhaite montrer au sujet de cette libellule. Cette réflexion va guider le cadrage, mais aussi le choix de la zone de mise au point très précise ainsi que bien sûr la profondeur de champ à appliquer.

L’idée est donc de définir, dans la scène à photographier, l’élément fondamental (le détail) « dans » le sujet global. Selon l’image que l’on souhaite réaliser, cet élément peut être variable.

Que choisir ? Une petite ou une grande profondeur de champ ? This is the question... A chaque scène sa priorité, et à chaque auteur ses préférences esthétiques, même s'il est indéniable qu'il y a des effets de modes...

Que choisir ? Une petite ou une grande profondeur de champ ? This is the question… A chaque scène sa priorité, et à chaque auteur ses préférences esthétiques, même s’il est indéniable qu’il y a des effets de modes…

Si l’idée est de réaliser un visuel descriptif de son sujet, le cadrage cherchera à en capturer autant de détails que possible (vue d’ensemble, de profil ou de dessus selon ce que l’on souhaite montrer). En parallèle la profondeur de champ devra être réglée pour avoir l’ensemble du sujet net. La mise au point est faite en prenant comme repère une zone « névralgique » du sujet, d’un point de vue intuitif. Pour un animal ce sont les yeux, pour une fleur cela sera son cœur, pour un paysage il s’agit du plan principal au sein de celui-ci.

Si l’idée qui a motivé à photographier son sujet est un élément précis de celui-ci, le cadrage sera réalisé en conséquence (en tenant donc compte de l’importance du reste des éléments de l’image pour valoriser et rendre compréhensible ce point précis). La mise au point sera faite sur cet élément, et la profondeur de champ définie en fonction de sa nature, de ses caractéristiques (sa taille, sa profondeur), et de l’importance éventuelle d’autres éléments de l’image indispensables à la bonne compréhension de ce détail.

Si l’idée est de mettre en avant une attitude particulière du sujet (une intention ou une action précise en cours, un regard, etc.), on se retrouve dans le même contexte que plus haut, sauf qu’il faudra être encore plus vigilant sur la mise en scène des différents éléments permettant de rendre compréhensible l’attitude photographiée. Celle-ci est généralement caractérisée par un point de départ qui initie l’action et un point d’arrivée constitué par l’objet de l’action, ce qui sous-entend un axe entre les deux à ne pas ignorer lors du cadrage. La mise au point sera faite sur le point de départ ou le point d’arrivée selon ce qui est privilégié (c’est à dire selon ce qui constitue le sujet principal que l’on souhaite mettre en valeur), et c’est la profondeur de champ ainsi que le cadrage qui devront valoriser au mieux l’action en soi (l’axe et/ou le point de départ/arrivée selon ce sur quoi on aura fait la mise au point)

Définir la profondeur de champ maximale de sa photographie.

Globalement, on s’aperçoit que les profondeurs de champ les plus courtes (pleine ouverture) sont relativement peu opportunes car impropres à valoriser correctement la plupart des sujets traités de près. Cela ne veux toutefois pas dire qu’il faille utiliser de façon systématique de grandes profondeurs… En effet, c’est de l’usage d’une profondeur minimale adaptée au sujet mais aussi de sa juste limitation que naîtra tout le relief de l’image. Autrement dit, la bonne maîtrise du champ net d’une image passe par la juste considération de ce qui peut être -voire « doit être »- flou ! Cela amène donc à considérer les limites de la profondeur de champ à appliquer, des limites fixées cette fois non plus par le sujet en soi, mais par le reste de l’image, c’est à dire l’environnement de part et d’autre de celui-ci.

Partant du principe qu’un réglage précis de profondeur de champ à été défini comme minimal en fonction du sujet, il reste donc à définir le seuil à partir duquel un réglage de profondeur de champ desservira l’intérêt global de l’image, c’est à dire la limite de réglage à ne pas dépasser. Le système de valeur à prendre en compte est essentiellement esthétique cette fois.

L'usage de grandes profondeurs de champ est typique de la photo de paysages.

L’usage de grandes profondeurs de champ est typique de la photo de paysages.

Si l’idée est de mettre en valeur de façon particulièrement descriptive un sujet, ou de réaliser un paysage sans sujet majeur devant se dégager du reste de l’image, une grande profondeur de champ sera globalement bien adaptée. Cela induit au passage une prise en compte accrue de certains critères techniques comme la vitesse d’obturation…

Si à contrario l’idée est de fortement dégager le sujet de son environnement direct afin de le mettre en valeur avec aussi peu d’éléments perturbateurs que possible (environnement fouillis gênant la lecture de l’image par exemple), le seuil à ne pas dépasser en terme de réglage de profondeur de champ sera directement lié à la nature et à la distance de l’arrière plan. Plus l’arrière plan sera loin du sujet, plus pour un même réglage d’ouverture celui-ci paraîtra flou et informe. Cela peut se traduire par « plus l’arrière plan est proche du sujet, plus il faudra diminuer la profondeur de champ pour conserver un fondu flou esthétique ne desservant pas le sujet et l’esthétisme du bokéh derrière lui ».

Il s’agit là d’un choix esthétique bien sûr, qui peut être tempéré si au contraire on souhaite inclure à l’image de façon plus ou moins claire cet arrière plan et ses caractéristiques (si l’on veut par exemple montrer ou évoquer le milieu de vie du sujet). Dans ce cas la profondeur de champ pourra être plus grande (ouverture plus petite) selon le degré de clarté que l’on désire accorder à cet arrière plan.

En conclusion.

La profondeur de champ est une notion essentielle de la photographie qu’il convient de bien maîtriser tant elle conditionne la pertinence et donc la réussite d’un cliché.

Pour poser d’office de bonnes bases de réflexion destinées à aborder la chose avec le maximum de cohérence, il serait possible de parler de la relation très étroite qui existe entre ce qui est net et ce qui est flou sur l’image. L’un conditionnant la pertinence mais aussi le réussite de l’autre, avec en bout de course ce que cela entraîne sur la compréhension de ce que l’on souhaite montrer et/ou exprimer au sein de l’image. Aborder la profondeur de champ avec trop de légèreté va au mieux induire une dépréciation de la qualité de l’image réalisée (profondeur trop importante qui ne met pas en valeur le sujet, ou qui ne tient pas compte des éventuels éléments perturbateurs d’arrière plan, etc.), au pire en détourner le sens (profondeur trop courte sur une zone de mise au point inappropriée, perte du dynamisme de l’image qui rend celui-ci « invisible » pour le spectateur, etc.).

Il va sans dire que la profondeur de champ doit être totalement anticipée au moment de la prise de vue, car il n’y a absolument aucune possibilité de retour en arrière, même aidé par les technologie de post-traitement. Cela ne veut pas pour autant dire que le traitement d’une image ne peut dans l’absolu se mettre au service de ce que tente de faire tel ou tel réglage de profondeur de champ. Ainsi, une accentuation de la zone de mise au point est réalisable (amélioration du piqué), tout comme son atténuation si nécessaire (adoucissement de la zone nette de l’image) ou de façon plus générale le renforcement de la qualité du bokéh via un lissage sélectif des zones floues de l’image. Comme toujours il s’agit ici de solutions d’optimisation, ce qui signifie qu’il faut quelque chose à la base pouvant être optimisé, donc quelque chose répondant à un minimum de réussite au moment de la prise de vue.

1 Les valeurs de x dans F/x correspondent à une progression géométrique basée sur le doublement de la surface ouverte par le diaphragme. La progression d’un indice à l’autre est de ?2, ce qui donne la succession de valeurs suivantes : 1, 1.4, 2, 2.8, 4, 8, 11, 16, 22, et 32, où 1 correspond à la pleine ouverture du diaphragme et les valeurs suivantes à des diviseurs appliqués à la pleine ouverture. Concrètement cela se traduit sur l’objectif par la chose suivante : Pour un objectif de 100mm, l’ouverture du diaphragme réglé à F/4 sera de 25mm (100/4=25), cette valeur pouvant toutefois être modifiée selon la position relative des lentilles de l’objectif. C’est le cas pour les zooms entre autres, des optiques à la focale variable mais dont les proportions du diaphragme ne changent pas.

2 Pour les photographes désireux de connaître les tenants et aboutissants de ces fameuses formules sur la profondeur de champ, voici un lien qui les explique.

3 Bokéh est un nom d’origine japonaise signifiant « flou ».

4 Les aberrations optiques sont nombreuses et tendent à être particulièrement présentes pour certaines d’entre elles en photographie numérique. Ce lien présente les deux grandes familles d’aberrations (chromatiques et géométriques) avec des illustrations. Si leur réduction est aussi inhérente à la conception qu’à la qualité des optiques utilisée, elle dépend aussi de la façon dont on gère sa profondeur de champ. Il faut noter toutefois que beaucoup de ces aberrations peuvent être corrigées avec efficacité lors du post-traitement

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