Drink station et photo de passereaux

Et si nous oubliions le temps d’un tutoriel tous ces magnifiques oiseaux peuplant les grands espaces sauvages, information pills pour nous consacrer à tout ceux que nous avons encore la chance de voir fréquenter notre quotidien ? Rouge gorges, pinsons, mésanges et moineaux abondent en effet dans nos jardins, représentant autant de sujets pas si difficiles que cela à photographier, y compris de façon, vous le verrez au fil de cette page, totalement exceptionnelle !

Pas besoin, en effet, d’aller plus loin que le fond de son jardin pour croiser une foule de petites boules de plumes parfaitement habituées à la présence humaine. Autant de sujets qui, par l’entremise d’un soupçon de ruse, se prêteront sans grand mal à de la photographie somme toute très simple à réaliser à moindre coût et surtout sans matériel photo high tech et hors de prix. Si en plus cette démarche s’inscrit dans une logique de contribution à la préservation de tous ces oiseaux, que demander de plus ?

Qu’est-ce qu’une drink station ?

L’eau, c’est la vie ! En mettre régulièrement à disposition des oiseaux, notamment en été et à plus forte raison en des endroits où elle n’abonde pas spécialement à l’état naturel (lotissements, sur un balcon en ville, dans des hameaux en tête de coteau, etc.), ne peut du coup que leur être profitable, en plus de les attirer -et c’est là toute la magie de l’opération- aux endroits précis que le photographe aura choisi pour leur tirer le portrait ! C’est sur ce principe que repose la drink station, à savoir un simple bassin d’eau posé sur un support en hauteur, où les oiseaux pourront venir quand bon leur semble pour boire, se baigner, et accessoirement manger si l’on aura eu la présence d’esprit de leur offrir en plus ça et là quelques gourmandises…

Partant de là, et dès lors qu’il n’est pas question de faire quelque chose de « démesuré », les coûts de fabrication d’un tel aménagement ne peuvent qu’être dérisoires : du bois de récupération, un peu de visserie, un morceau de bâche, quatre vieilles palettes en bois, encore et toujours un peu de bâche histoire de se faire un affut de fortune où se cacher… Il n’en faudra guère plus pour fabriquer ce qui constituera aussi bien un paradis à passereaux, qu’un haut lieu de la photographie de nature !

Pinson des arbres

Une drink station est un simple point d’eau susceptible d’attirer les oiseaux, aménagé de telle façon que l’on puisse faire facilement des photographies de ceux-ci et de leur reflet.

Où installer sa drink station ? De quelles dimensions la prévoir ?

Le choix de l’endroit est fondamental à bien des égards… Hormis le fait de choisir, comme décrit plus haut, un lieu où avant tout les oiseaux auront un intérêt réel à venir, c’est à dire un lieu où il n’y a pas déjà d’eau de façon régulière à proximité, il faudra surtout tenir compte de deux critères purement photographiques :

1- Anticiper la lumière naturelle sur la zone : la drink station devra être installée à un endroit où la lumière, directe ou non, sera suffisante pour faire de la photo (éviter des zones trop ombrées sous des arbres par exemple) mais pas non plus gênante parce que trop abondante et/ou mal orientée. Un axe sud nord est globalement le plus intéressant, avec la drink station au nord de l’endroit où se situera l’affut. D’une cela évitera d’emblée tout risque de contre jour, de deux cela placera l’affut « sous le soleil », rendant du même coup le photographe très peu visible pour les oiseaux puisque ceux-ci seront éblouis en regardant en direction de l’affut.

2- Anticiper l’arrière plan des images : pour cela il suffit de se projeter un peu… Si la drink station est là, et l’affut ici, que verrai-je en arrière plan ? Dans l’absolu, l’idéal est tout bonnement d’avoir l’arrière plan le plus lointain possible afin d’obtenir de beaux bokhés tout en nuances et bien flous. Attention aux éventuelles formes et/ou couleurs de ce qui se trouve en arrière plan ! Un pignon de maison rose avec des volets verts aux fenêtres, même floutés, ne seront probablement pas du meilleur effet. Ne pas perdre de vue qu’en plus il y aura un reflet de cet arrière plan sur l’image ! S’il n’est d’emblée pas très esthétique, le résultat sera donc deux fois pire que prévu !

La taille à prévoir pour sa drink station est une question d’anticipation vis à vis notamment de l’objectif que l’on compte utiliser. Prendre en compte la distance de mise au point minimale dans le cas de long téléobjectifs très lumineux, bien sûr, mais aussi et surtout la distance qui vous séparera, depuis l’affut, de l’endroit où vous espérerez que les oiseaux se poseront sur la drink station. Imaginons par exemple que vous utilisez un 150mm, et que vous envisagez de pousser les oiseaux à se poser à environ 2.5m de vous : la scène cadrée à cette distance fera environ 40cm de large. Cela correspondra donc à la largeur minimale de votre drink station. Vous pourrez si vous le souhaitez prévoir plus large, mais surtout pas moins large, afin que votre cadrage ne comporte pas les bords vides de part et d’autres de la drink station…

Le choix de la longueur quant à elle sera liée à votre axe de vue depuis l’affut, et notamment à votre « hauteur » au-dessus du niveau de l’eau. Plus vous serez bas sur l’eau, plus la drink station devra être longue afin que dans votre cadrage vous n’ayez pas son bord situé juste devant vous de visible. L’usage de focales trop courtes (de part leur angle de champ important) pourra aussi se montrer problématique vis à vis de cette longueur, pour les mêmes raisons.

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Une drink station de 1m par 1.5m, face à un affut fait de palettes de récupération et de morceaux de bâches usagées. Le tout est mis en place pour pouvoir travailler avec un objectif de 150mm. C’est pas très beau vu comme ça, certes, mais ça n’aura couté que 4.30€ (le prix du liner pour le bassin), ça ne perturbe pas du tout les oiseaux, ni la qualité des photos réalisées, pour preuve toutes les images de cette page…

On le voit rapidement, la conception d’une drink station ne s’improvise pas. Elle passe par une réflexion sur ce que l’on souhaite faire comme image, et donc sur l’ensemble des contraintes techniques qui y seront liées. ça n’a toutefois rien de bien difficile à envisager, et comme souvent en photo nature, les solutions s’imposent d’elles mêmes simplement en prenant son temps, et en réfléchissant.

Concevoir sa drink station.

La conception d’une petite drink station ne doit respecter qu’une seule règle si on souhaite la voir fréquentée par des passereaux : la présence d’une plage en pente douce, ces oiseaux ne venant se baigner que là ou bien sûr ils ont pied ! Inutile de faire quelque chose globalement de trop profond tant que les dimensions de la drink station restent raisonnables : on réalise un petit bassin, pas une mare…

Première étape : concevoir un cadre en bois relativement fort -parce qu’il devra supporter de façon durable sans se déformer tout le poids de l’eau dans le bassin- qui servira de châssis à l’ensemble, et sur lequel seront clouées ou agrafés des lattes de lambris de préférence en PVC, pour sa souplesse, ce qui aidera à tendre correctement la bâche qui sera posée dessus, une fois celle-ci remplie d’eau.

Deuxième étape : visser solidement des tasseaux de trois ou quatre centimètres de section sur les bordures, de l’autre côté du lambris, de façon à sertir solidement celui-ci entre le cadre et les tasseaux. Ce sont ces tasseaux qui formeront les bords du futur bassin. Un petit conseil : sur la largeur où vous prévoyez de faire la plage en pente douce, choisissez un tasseau de section légèrement moindre (un centimètre d’écart au maximum). D’une cela vous offrira un peu de marge lorsqu’il sera question de mettre votre drink station bien de niveau à l’endroit prévu, et de deux cela permettra que la bâche située sur ce bord précis de la drink station, puisque toujours à fleur d’eau, soit le moins visible possible quand vous photographierez les oiseaux qui s’y trouveront.

Troisième étape : fixer quatre pieds en bois (de forte section et solidement visés car, je le rappelle, l’eau pèsera quand même lourd dessus), à moins que vous n’ayez une table de jardin ou une vieille table de camping qui pourrait faire office de support. Pourquoi surélever le bassin ? Parce que c’est ce qui permettra de réaliser le plus facilement et surtout le plus confortablement des prises de vue « au ras de l’eau », l’axe de vue indispensable pour espérer obtenir de superbes reflets.

Rougegorge familier

Beaucoup de passereaux sont vifs et sautillants, mieux vaut être réactif !

La longueur des pieds dépendra de votre affut et en particulier de la hauteur dans celui-ci où se trouvera votre boitier : faites des essais, c’est encore ce qu’il y a de plus simple, en posant le châssis au sol puis en vous plaçant à la distance que vous prévoyez entre le fond de la drink station et votre objectif dans l’affut… Placez vous, boitier en main, à la hauteur précise où vous pourrez cadrer cet endroit, mais sans voir au bas de l’image le bord opposé de la drink station. Mesurez cette hauteur. Mesurez ensuite la hauteur où sera placé votre boitier dans votre futur affut. Soustrayez de celle-ci la mesure prise auparavant, vous avez maintenant la longueur que devront faire les pieds de la drink station. Exemple : Vous avez une hauteur de 20cm entre le sol et votre boitier lorsque l’axe de vue vous permet de ne pas avoir le bord opposé de la zone dans votre cadrage. Dans votre affut, votre objectif sera placé à environ 80cm du sol. 80 – 20 = 60cm. Les pieds devront donc mesurer 60cm…

Si vous avez opté pour des pieds en bois, pensez à en protéger la base pour qu’ils ne soient pas en contact directement avec la terre : ça leur évitera de pourrir de façon prématurée.  Prévoyez des parpaings ou des pierres plates pour les surélever, cela permettra en plus à l’ensemble d’être bien stable, et d’utiliser plus facilement de petites cales pour mettre l’ensemble parfaitement de niveau. Attention ! N’oubliez pas d’anticiper la hauteur de ces éléments lors du calcul de la hauteur des pieds de votre drink station, notamment s’ils sont de grande taille (parpaings).

Quatrième étape : avec une épaisseur de lattes de lambris, une feuille de polystyrène ou une petite plaque d’isorel, diminuer la profondeur du bassin au niveau de la largeur où se situe le tasseau de section plus faible. Sur le principe, l’idée est de créer à cet endroit une plage en pente douce, ou une zone peu profonde proportionnellement au reste du bassin (viser une profondeur d’eau d’un petit centimètre est parfait)…

Cinquième étape : agrafer proprement un morceau de bâche, ou mieux, de liner (bâche servant à concevoir les bassins de jardin, elle a notamment l’intérêt d’être plus résistante à la perforation qu’une simple bâche de jardinage. Entre 2 et 3€ / m² en jardinerie pour ce qui est des premiers prix), en formant bien les contours du bassin le long de tous les tasseaux… Ne pas oublier de laisser le liner bien déborder de part et d’autre de la drink station, cela protégera le châssis des éléments. C’est fini ! Il n’y a plus qu’à installer sa drink station à l’endroit prévu et à la mettre parfaitement de niveau.

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La drink station aménagée avec quelques branches, cailloux et mousses, vue depuis l’affut à 20mm, avec un exemple d’image obtenue à 150mm et sa localisation au sein du décor.

Aménager sa drink station.

Vous avez choisi l’endroit parfait, vous y avez installé votre drink station fraichement construite, vous l’avez mise parfaitement d’aplomb, puis remplie d’eau à ras bord. Ne reste plus qu’à l’aménager pour d’une part cacher les bordures hors d’eau en plastique, et donner à ces mêmes bordures un aspect parfaitement naturel ! Pour se faire, utilisez bien sûr des éléments naturels : des branches, de l’écorce, des tiges de lierre envahies de mousse, des cailloux, du sable, et que sais-je encore… Vous pouvez aussi rajouter pourquoi pas dans l’eau, du côté plage, des pierres plates (ardoise, schiste) affleurant à peine de l’eau, cela multipliera les profondeurs de baignade et les endroits accessibles aux oiseaux… Petite astuce : un morceau de bois plat et très moussue, posé côté plage et à descendre dans l’eau fait un point d’accès à l’eau, que les passereaux apprécieront particulièrement. Libre à vous de préparer ce terrain de jeu comme bon vous semble ! Le but est d’avoir un rendu naturel, et donc de cacher le moindre bout de bâche qui pourrait apparaître aux endroits où les oiseaux sont sensés venir.

Si vous prévoyez de donner des graines aux oiseaux sur votre drink station, n’en mettez pas de trop, au risque de voir les oiseaux les éparpiller dans l’eau mais aussi et surtout par terre, endroit où ils ne manqueront pas d’aller au détriment de votre table… Ne les disposez pas non plus à des endroits trop évidents pour eux : une fois qu’ils auront compris qu’il y a toujours là quelques gourmandises qui trainent, il n’en prendront que plus leur temps pour les dénicher parmi les éléments du décor ! Mieux vaut égrainer à des endroits très précis, où vous saurez qu’il sera possible de faire votre mise au point au préalable de façon très précise : une zone par exemple très peu large sur la bordure du fond. En vous permettant ainsi de cadrer et de faire votre mise au point avec précision, vous pourrez shooter en rafale dès qu’un oiseau arrive, avec à la clé un grand nombre d’images propres, voire même des prises de vue d’oiseaux à l’atterrissage ou au décollage… Si vous installez une mangeoire, vous pouvez exploiter l’astuce suivante : prévoyez une mangeoire de grande taille richement garnie pour nourrir les oiseaux en votre absence, puis remplacez là par une toute petite quand vous êtes là. En changeant ainsi leur contexte d’alimentation, vous inciterez les oiseaux à augmenter leur temps de présence sur la drink station le temps qu’ils s’adaptent aux nouvelles conditions. En repartant, remettez la grande mangeoire… Une petite chose qui va de soi mais qu’il est toujours bon de rappeler : si vous commencez à nourrir des oiseaux en hiver, il faudra vous y tenir toute la saison ! De même, si vous souhaitez que votre drink station ait une utilité concrète, il faudra qu’elle soit en eau durant tout l’été. Dernier petit point à prévoir : S’il n’y a pas de branches à proximité immédiate, installez en une ou deux qui surplombent la zone. La plupart des oiseaux aiment se percher pour observer un instant les environs, histoire de se rassurer avant de manger, de boire, ou de se baigner… Cela vous permettra en outre de maitriser un minimum les trajets d’allers et venues de certaines espèces comme les mésanges, entre ces perchoirs et la drink station.

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Tous les passereaux sont susceptibles de fréquenter une drink station, y compris ceux qui ne se laissent pas souvent photographiés, comme ce troglodyte.

Installer un affut.

La drink station est maintenant opérationnelles, probable que quelques oiseaux l’aient déjà repéré… Il ne reste plus qu’à concevoir votre affut ! Rien de bien compliqué là encore, le but étant de vous dissimuler le plus possible, si possible dans l’obscurité. Un affut très simple, stable, gratuit si ce n’est le cout de quelques vis à bois, peut être imaginé de la façon suivante, même si les possibilités à ce sujet restent quasi infinies…

Quatre palettes en bois, trois pour faire des murs, une plus grande pour faire un toit avec une avancée histoire de protéger un minimum son objectif de la pluie. Vous vissez le tout histoire que ça tienne, recouvrez l’ensemble de bâche noir en plastique récupérées chez le paysan du coin (qui en aura toujours à donner, croyez moi, sans compter qu’il vaut mieux qu’elles finissent comme ça plutôt qu’en lambeau dans les champs…). Deux coups de cutter dans la façade, un pour faire un trou à la bonne hauteur et à la dimension de votre objectif, l’autre pour tailler une petite meurtrière de 1 ou 2cm de haut par 30cm de long, ce qui vous permettra de voir ce qui se passe sur votre drink station. Un petit bout de filet en plastique ou en nylon à mailles fines (de jardinage) pour boucher cette meurtrière afin d’encore plus vous dissimuler depuis l’extérieur, mais sans pour autant gêner votre vision depuis l’intérieur, et hop, discrétion assurée ! Aménagez la bâche de façon qu’il y ait aussi peu de lumière que possible à pénétrer dans l’affut : l’intérieur doit être le plus sombre possible. Un petit siège pliant histoire de ne pas être à même le sol, et voilà votre affut près à affronter les pires tempêtes, et vous aussi par la même occasion ! Il offre un volume d’environ 1m3, bien suffisant pour se tenir assis à peu près à l’aise durant quelques heures, même si je l’admet, mieux vaut et ne pas être trop grand, et ne pas trop souffrir de fragilité chronique des genoux…

Il n’y a plus qu’à attendre que les oiseaux s’habituent à toute cette nouveauté, et se mettent à investir les lieux pour en profiter ! Selon les espèces, cela peux être très rapide : une fois que les plus téméraires (rouge gorges, mésanges) commenceront à régulièrement s’activer sur place, la curiosité des autres ne manquera pas de les attirer. Sans que cela soit une règle, et dans la mesure où la drink station est installée sur une zone déjà bien peuplée en passereaux et relativement tranquille (pas trop de passages de personnes, ou de prédateurs comme des chats), on est en droit d’espérer une « invasion » d’oiseaux dans la semaine qui suit.

Et la prise de vue, comment ça se passe ?

La chose probablement la plus importante est de commencer par apprendre et surtout comprendre comment les oiseaux ont investi l’endroit et en profitent. Tous ceux qui viendront régulièrement le feront de manière souvent incroyablement routinière : en se posant aux mêmes endroits au préalable, en s’annonçant par tel ou tel chant, etc. Tous auront toutefois des comportements qui leur seront propre : se poser, chiper une graine puis s’enfuir en toute hâte, ou au contraire s’installer l’air de rien et rester là de longues minutes avant d’aller voir ailleurs. Ces observations permettront d’anticiper ce qui va se passer sur la table quasi à la seconde et au centimètre près.

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Anticiper et donc énormément observer. La seule règle véritablement incontournable si l’on souhaite se faciliter la vie !

Plus vous serez imprégnés de cette routine, plus vous gagnerez en rapidité de prise de vue, en précision et en discrétion. Habituez vous par exemple, sur la base de vos observations préalables, à cadrer et surtout à faire votre mise au point à des endroits très précis lorsque vous entendez tel ou tel chant juste au dessus de votre tête… Vous pourrez même shooter « en rafale », si nécessaire, dès que les oiseaux se poseront. Cette astuce est particulièrement intéressante pour faire face aux oiseaux « chapardeurs », comme les mésanges ou le rouge gorge qui souvent repère de loin les mangeoires, se pose, chipent une graine et s’enfuient immédiatement, le tout en moins d’une demie seconde, ainsi que pour photographier les phases d’atterrissage ou de décollage des oiseaux lorsque les lumières ambiantes permettent de grandes vitesses d’obturation.

Question ouverture, c’est une histoire de goût, et de ce qu’impose éventuellement la proximité de l’arrière plan… Il faudra toutefois éviter les ouvertures trop grandes qui vous compliqueront inutilement la vie quant à la zone très précise de mise au point. Les toutes petites ouvertures seront quant à elles rarement exploitables, à moins d’avoir de très grosses ressources en lumière naturelle et un arrière plan vraiment lointain (rare dans un jardin). Question vitesse d’obturation c’est plus problématique, car les passereaux sont des oiseaux souvent très vifs et pas seulement en vol : il faudra donc veiller à toujours avoir une vitesse suffisamment rapide pour bien figer leurs divers mouvements. Un repère intéressant permettant de parer à tout risque de flou est de miser autant que possible sur une vitesse minimale de « 1 / focale X 2 ». Inutile de s’étendre sur les implications d’une vitesse d’obturation minimum à respecter vis à vis des réglages d’ouverture ou de sensibilité du capteur…

L’exposition est quelque chose souvent d’assez problématique, dans le sens où les conditions de lumière sur une drink station sont souvent très trompeuses. C’est dû au reflet qui ne fait que renforcer les conditions d’éclairage de l’arrière plan, arrière plan qui n’est pas nécessairement éclairé de la même façon que la drink station et donc des sujets qui s’y poseront. Il faudra apprendre à jouer rapidement et habilement avec votre molette de sur ou de sous-exposition (surtout) en fonction de telle ou telle lumière. Là encore, c’est une question d’anticipation et donc d’expérience relative à l’endroit précis où vous êtes installé.

Juste un conseil : mettez à contribution les périodes d’absence des oiseaux pour faire des prises de vue « à vide », au fur et à mesure de l’évolution des conditions de lumière ambiante (à différentes heures de la journée, mais aussi quand un nuage passe, quand il se met à pleuvoir, etc…) et faites des essais avec des réglages d’exposition plus ou moins déséquilibrés. Au fur et à mesure de vos constatations, vous saurez s’il est plus judicieux face à telle ou telle lumière de sur ou sous-exposer, et dans quelles proportions. Là encore, mieux vaut anticiper et donc préparer ses réglages au préalable, avant qu’un oiseau n’arrive et vous prenne totalement de cours. A ce titre, il est tout aussi important d’anticiper les problèmes d’exposition qui peuvent être liés à tel ou tel plumage. Les pinsons présentent une barre alaire blanche qui sera souvent sur-exposée, idem pour les joues blanches des mésanges charbonnières… Il faudra donc en tenir compte en visant là encore une légère sous-exposition supplémentaire pour éviter que ces zones précises ne soient totalement brulées sur vos images. A l’inverse, les plumages sombres (merles, étourneaux) impliqueront quant à eux une légère sur-exposition pour ne pas être totalement bouchés. Il serait possible plus simplement, je l’admets, d’utiliser la mesure « spot » de son boitier, mais malheureusement la plupart des appareils étant relativement peu réactifs, il y a fort à parier que beaucoup d’oiseaux se seront posés, puis enfuis avant même que l’on n’ait pu mesurer quoi que ce soit. Autre inconvénient : la mesure sport peut facilement être prise au dépourvu face aux oiseaux au plumage très contrasté comme les mésanges (mesure faite un coup sur le blanc vif des joues d’une mésange charbonnière, un coup sur sa calotte ou son cou noir de jais).

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Tenir compte des lumières du moment, des limitations qu’elle impose, mais aussi des particularités propres à chaque espèce d’oiseau (comportement, contraste du plumage, etc).

La mise au point en manuel est globalement à éviter, sous réserve d’avoir un autofocus un minimum fiable et rapide, ne serait-ce que parce que l’essentiel de votre temps sera consacré à saisir l’instant, et dieu sait qu’avec la plupart des passereaux cet instant est souvent fugace lorsque l’on est tout près d’eux ! Seule exception : les mises au point préalablement faite avant l’arrivée d’un oiseau, lorsque l’on sait à quel endroit précis il se posera (en prévision d’un shoot en rafale par exemple). Prévoyez dans ce cas quand même une profondeur de champ un poil plus grande qu’à l’accoutumé, afin de bénéficier d’un peu de marge, juste au cas où… Mise au point donc bien sur la tête des oiseaux en AF, en prenant soin d’avoir un tant soit peu anticipé le collimateur le plus pertinent en fonction de l’endroit « dans l’image » où l’on souhaite voir figurer son sujet. Là encore il est question, pour être rapide et précis, d’anticipation. Plus vous anticiperez les choses, moins vous vous agiterez avec fébrilité dans votre affut et donc moins vous vous ferez remarquer, moins vous aurez de chances de casser le rythme des allers et venues de tous ces oiseaux qui, quoi que bien habitués à l’homme, ne sont pas non plus totalement naïfs, qu’on se le dise !

5 Replies to “Drink station et photo de passereaux”

  1. Nating
    Bonjour,
    Merci pour votre article bien détaillé ! Juste 1 ou 2 questions… les passereaux viennent-ils toute l’année s’il n’y a pas de nourrissage proche ? Et du coup cela implique un nourrissage hors période hivernale ? (ce qui est déconseillé..)
    Merci encore 😉
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    • photo-invivo Post author
      Durant la saison froide, les oiseaux n’ont aucune difficulté à trouver de l’eau en abondance grâce aux pluies. Du coup la drink station, en l’état, risque d’être vraiment très peu fréquentée. C’est uniquement à ce moment que le nourrissage a un intérêt, pour le photographe ainsi que (surtout) pour les oiseaux.

      Ceci dit, et comme vous le précisez fort justement, ce nourrissage doit bien sûr impérativement s’arrêter dès que la nourriture naturelle peut reprendre le relai, à savoir dès les premiers beaux jours, période où petit à petit les oiseaux développeront de plus en plus d’intérêt pour l’eau de la drink station à proprement dit…
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  2. Catherine Micout
    bonjour, merci pour cet excellent article. Ce genre de station ne risque t-elle pas de créer un endroit d’eau stagnante dangereuse ? y a t-il une solution pour que cela ne se transforme pas en nid à moustiques ? merci
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    • photo-invivo Post author
      Bonjour. C’est vrai qu’avec la chaleur, cela peut assez rapidement devenir insalubre, surtout si la drink est exposée toute la journée au soleil en été… Ceci dit je n’ai pas constaté que les moustiques se mettaient pour autant à y proliférer (quelques coléoptères aquatiques de temps en autre, un ou deux gerris, mais rien d’autre). Compte tenu de la taille assez réduite du bassin, il m’arrive de le vider de temps à autre à l’aide d’une écuelle, de le brosser pour retirer toutes les algues qui se sont formées, puis de le re-remplir avec l’eau du puits. Je le fais à chaque fois que l’eau « verdit » vraiment de trop (dès que les algues -inévitables c’est un fait- deviennent comme « cotonneuses »), soit environ toutes les deux semaines en ce moment.
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  3. lafontaine jean-paul

    bonsoir.merci pour votre article avec beaucoup d astuces !!!! étant photographe animalier et ayant un tamron 150/600mm.pouvez vous me donner environ la distance et les dimensions de la drink station !!!! je possede déja un affut.je pense que 6 ou 8m devrait le faire .merci !!!

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