L’enfance est une période clé, l’insouciance et le rêve perpétuel de cet âge forgent à mon sens une base immuable conditionnant l’intégralité d’une existence. L’enfant découvre le monde et se créé une vie. Même si avec le temps les rêves s’estompent, ils restent présents au plus profond et continuent de guider nos pas. Il est dommage que, avec l’âge, l’influence du monde nous pousse à cacher cela, à le fuir même… Qu’y a-t-il de plus beau pourtant qu’un rêve d’enfant ? Qu’y a-t-il de plus louable que de s’acharner à y croire ? Quelle plus belle fierté que de finalement le vivre ? Depuis toujours deux maîtres mots résument ma vie : Solitude et Nature. Mon enfance a été basée là-dessus, créant mon identité et ma vision du bonheur. J’aime m’empreindre de l’univers qui m’entoure, de ses beautés, de sa poésie et de sa magie. L’intimité de cet état implique une certaine solitude, une nostalgie joyeuse que la plupart des « amoureux » pourront comprendre je pense. C’est ainsi que mon rêve, mon idéal, à vu le jour : dans les forêts, au bord des rivières et des lacs, sur les rochers de ma Bretagne natale, seul. Et puis un beau jour, ma famille décida de vivre en ville, J’ai dû apprendre à cacher mes rêves, à les enfouir pour gagner ma place aux yeux de la société, aux yeux des gens. Mes bases ont été brisées, je n’avais plus rien à partager, à part la seule chose qu’il me restait : la solitude. Finalement, le temps est passé, l’adolescence est venue, elle m’a comme beaucoup engagé par la douleur sur un chemin nouveau : celui de la prise en charge de mon existence en tant que futur adulte respectable. La société avait gagné : je me pliais à ses règles. J’ai cherché ma voie, un métier, un avenir à la hauteur de ce que l’on attendait de moi, mais rien… Sinon des erreurs et des impasses : des études sans vraie motivation, un travail où je n’avais de cesse de m’éloigner de moi-même, une vie de couple basée sur les mensonges de la routine. Parallèlement à cela, mon indépendance de jeune adulte m’a permis de renouer matériellement avec mes rêves d’enfant : j’ai retrouvé Mère Nature et recommençait à me lier à elle, via une inconditionnelle passion pour la pêche sportive. Certes un alibi (Comme toutes les passions ? Mmmh… J’en parlerai à mon philosophe préféré : Neil THOMAS !) Mais avant tout une porte ouverte sur moi-même. Puis le clash ! A 27 ans je perds mon emploi, je perds celle qui aurait pu devenir ma femme, je perds pieds… Je quitte tout et m’isole quatre mois au bord d’un lac. Et là, dans les eaux bleues, enfin je trouve ma sirène, ce pourquoi j’existe. Je trouve mon âme. Une foi nouvelle m’habite au travers d’une évidente certitude, celle que je dois vivre mon rêve d’enfant, vivre mon amour de la nature. Ça et rien d’autre. Telle est ma voie, simplement être moi-même. Mais comment ? La réponse est venue quelques mois après en la personne d’un petit oiseau bleu familier : un martin pêcheur… Ce petit animal dansait devant moi, arrogante créature insaisissable, la beauté de l’animal et les lumières de l’instant m’ont littéralement hypnotisées. J’ai soudain senti mon cœur battre. Lui filait vivre sa vie et j’ai brusquement compris où était la mienne. J’ai "Réalisé"… Pourquoi ne pas offrir la magie de mon amour, de ma solitude, de ce subtil et fugace instant à ceux qui ont oublié ou qui n’ont plus le temps de rêver ? Je capturerai la magie de cet oiseau et l’offrirai au monde! Je serai Photographe naturaliste!
Janvier 2005, je me mets à mon compte: Etant tout beau tout neuf dans le métier je pense que l’essentiel pour l’heure est d’offrir une vision de moi engageante aux professionnels du milieu. Cela passe par une promotion destinée à faire connaître mon travail et l’élaboration d’un book démontrant mes compétences… C’est un travail de longue haleine me laissant finalement relativement peu de temps à la prise de vue sur le terrain, et j’ai d’autant moins le droit à l’erreur ! Mon objectif majeur reste de me faire connaître en tant que « photographe naturaliste » mais il est évident que toucher à tous les domaines de la photographie est essentiel, c’est pour cela qu’en parallèle je suis une formation destinée à « élargir » mes horizons et à me rendre plus compétent, polyvalent. Ainsi je mets à contribution mes heures à de la photo d’illustration, des travaux sur le paysage, le portrait et la nature morte (intimement liée à la photo publicitaire). Je commence par ailleurs à aborder le monde de l'informatique dans le contexte du photo montage et du retraitement graphique: Mon défi: Donner au numérique l'aspect de l'inversible! Via la promotion de ce site, puis la proposition de clichés de démonstration de mon travail sur CD, dès début Avril, des agences s’intéressent à mon cas !!! Bilan: Une d'entre elles, bien que refusant mon intégration dans son équipe, propose de me suivre et de m’appuyer dans la voie que je me suis choisi. Elle me conseille, me critique, m’oriente, afin de développer le plus judicieusement possible mon travail selon les réalités notamment commerciales. Une autre agence, assez réputée, est quant à elle encline à diffuser mon travail avec l’intégration de près de 40 clichés de ma composition à leur actif! C’est peu, mais c'est surtout avant tout un début!!! Bilan: QUATRE MOIS APRES M’ETRE DECLARE A MON COMPTE JE RENTRE DONC MES PREMIERES IMAGES EN AGENCE, SOIT HUIT MOIS APRES AVOIR UTILISE MON PREMIER BOITIER REFLEXE !!! Je ne sais ce que l’avenir me réserve mais force est de constater qu’à force de travail, d’investissement et de passion, certaines voies se débloquent… Vivre de la photo est une tache ardue, de longue haleine ! Et au delà de simplement rentrer des clichés en agence il apparaît comme nécessaire de devoir démarcher une autre forme de clientèle : Les collectivités (mairies, conseils régionaux…) et les professionnels désireux de développer leur image. J'entame donc une large campagne dès juin 2005 visant à offrir des supports de qualité dans les domaines de la promotion et de la couverture événementielle, si possible en rapport avec le domaine de l’environnement, mon credo. Le nombre d’heures de boulot par jour se voit donc encore accru, mais comme disait un célèbre comique: «Y’a des artistes, faut bien qu’ils mangent !» Sans compter que cette partie du boulot n'est pas forcément des plus rébarbative puisqu'en lien continuel avec cette nature qui m'est chère... Vers la fin 2005, des portes s'ouvrent: Je signe chez Colibri, la célèbre agence de Brax, Ephotonature, l'agence suisse de Paul Monnerat et Naturimages, une jeune agence très prometteuse, je concrétise auprès de Thereportage.com, une agence spécialisée dans le diffusion internationale de reportages, je collabore avec l'agence Digitagent et suis approché par l'agence américaine AKM images. Etude de projets d'illustration pour deux maisons d'édition. Sur la même lancée je commence à travailler pour les mairies de Sautron et d'Orvault (44), ainsi que sur la conception de visuels promotionnels, notamment pour deux élevages de serpents. Les implications associatives auxquelles je me voue m'ouvrent petit à petit sur des perspectives professionnelles alléchantes car intimement liées à mes convictions et aux leitmotivs que je défend: Mettre mes quelques compétences et surtout ma motivation au service de la défense et la promotion de cette nature qui m'est si chère... Témoigner de ses beautés et richesses mais aussi et surtout de sa fragilité et de l'importance de la respecter.
L'image est le reflet d'un instant, très court, trop court... Comment témoigner de la poésie, de la magie qui certes se dégagent de l'instant mais qui paradoxalement restent intimement liées à l'étendue de son contexte? L'image fige la beauté, "travaillée" ou surprise au détour d'une ballade, mais par quelle subtilité cette image va aux yeux de la personne qui la découvre transmettre toute la richesse et le privilège d'une vie de photographe? Associer à celle-ci le texte, c'est étoffer la beauté visible d'un instant avec l'étendue de son univers, lui restituer par la propension à l'imagination des arômes, une température, une "place dans le temps", un rythme presque musical et -en toute subjectivité- le flot d'émotion auquel la quête de l'image a conduit... Montrer un cliché, c'est témoigner d'un moment de beauté, mais le texte, lui, va rendre aussi unique l'instant de la prise de vue pour le spectateur lecteur, que pour le photographe auteur. Ainsi, transposer la portée d'un cliché est lui restituer, je pense, son "âme", ou tout du moins sa place brièvement dérobée le temps d'une obturation de diaphragme, dans un monde qui va par nature bien au-delà d'une simple image! Dans le contexte naturaliste cet aspect est très important selon moi: Même si l'animal ou le paysage pris en photo portent parfois sur la mince feuille de papier révélé toute l'étendue de sa beauté, c'est l'association à un texte qui permettra de resituer l'importance non plus de ce simple bout de papier coloré mais de ce qu'il "représente": l'image parée de mots devient un monde à part entière dans lequel s'engouffre malgré lui le spectateur pour le plus grand bonheur de son émotivité. Inversement l'image représente un point de départ immuable et réel, le témoignage sincère et vrai d'un vécu particulier, elle représente d'une certaine façon la ponctuation de l'écrit, sa "référence": même si un oiseau par le verbe se pare de ses plus beaux atours, c'est l'image comme point d'orgue qui va marquer les mémoires... C'est ainsi que s'articulent ces deux arts, offrant à la personne qui prend le temps de s'immerger "entre les lignes" l'étendue parfois rude, parfois douce et merveilleuse, d'une Nature qui ne peut se résumer ni à de simples mots, ni à une simple image. Ainsi pourrait être décrite la nature de mon travail d'auteur, empreinte à la fois du réalisme de l'instant et de sa continuité affective. Que ce soit sur des sujets souffrant culturellement de moult préjugés comme les reptiles, ou encore les insectes, les oiseaux, en infinies légions libres et bruyantes, envahissant nos belles journées d'été et dont malheureusement notre regard ignore trop souvent (faute de temps) la richesse et les beautés. Des univers que je ne souhaite pas nécessairement dépendre comme bucoliques ou désespérément hors de portée, mais au contraire de façon chargée de symbolisme et de poésie, parfois enjouée, à d'autres moments plus douce amère... Des univers qui ne sont pas pour une fois ces horizons lointains et vierges habituellement montrés par la plupart des auteurs de renom, mais ceux a contrario s'étendant sous notre nez. Des univers insoupçonnés n'attendant que notre considération pour lever le voile d'obscurantisme que les lois d'une vie en société ont choisi de tristement recouvrir et de lentement étouffer.
Cela fait maintenant presque deux ans que la photographie est entrée dans ma vie, un peu de recul et quelques réflexions s’imposent donc, afin de relativiser les acquis, les lacunes, et surtout pour continuer sur ce chemin avec en tête autant d’objectivité que possible. Mes idéologies d’entant ont évoluées, certaines se sont affirmées, aiguisées, tandis que d’autres ont dû apprendre à se tempérer pour contourner le mur des désillusions. L’heure d’un premier bilan à sonner ! Mes images ont évoluées, tant dans leur forme que dans leur fond. L’expérience m’a enseigné la critique et le perfectionnisme sur des bases plus réalistes et objectives : je cerne mieux ce que je veux ou dois parvenir à illustrer et incidemment les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Paradoxalement j’ai appris la tolérance par rapport à mon propre travail car il ne peut seulement se résumer à mes seuls souhaits et doit aussi, au besoin, satisfaire un contexte de production purement impersonnel. Un équilibre entre perfectionnisme et adaptabilité se sont donc imposées dans la forme, à contre cœur je dois l’avouer parfois (équilibre entre détachement professionnel et attachement affectif) mais là est le propre d’un métier passionnel exercé avec objectivité, non ? L’essentiel de mes revenus ont été tournés dans l’investissement matériel et la promotion de mon travail, le démarchage (et bien sûr les charges et impôts… Aucuns commentaires là-dessus !). A contrario, et même si je propose toujours cette alternative, j’ai souhaité limiter ma prospection des professionnels dans un contexte de réalisation de photographies publicitaires. Pourquoi ? Et bien parce que ma spécialité s’est affirmée et ne souffre désormais plus du moindre compromis, or les domaines d’exploitations publicitaires de visuels naturalistes sont trop restreints pour justifier le temps et l’énergie que, en tant qu’auteur, je devrais fournir pour démarcher une clientèle. De plus ce marché est assez verrouillé et aujourd’hui la plupart des entreprises possédant des budgets de communication font appel à des agences ou des studios, non à des indépendants. La parade a donc été de davantage me faire connaître de ces agences de communication afin d’intégrer leurs ressources potentielles en cas de besoin. Mon travail pour les particuliers s’est lui aussi limité par manque de rentabilité ou plutôt de part l’irrégularité de la rentabilité… Les marges réalisées dans ce domaine sont en effet tellement faibles qu’elles induiraient une véritable spécialisation pour être rentables (artisanat ?). De fait j’ai décidé de mettre le holà sur les expositions en tout genre, des activités réclamant de l’énergie, du temps et des investissements somme toute trop aléatoires à amortir pour être véritablement intéressants tant financièrement qu’en terme de promotion. Tandis que des opportunités particulières d’application de mon travail se sont progressivement retrouvées mises à l’écart à la fois par réalisme face à l’importance des contraintes et par manque de rentabilité, des directions toutes autres ont pris en contre partie un réel essor. C’est le cas de l’aspect informatif et pédagogique lié à la photographie. L’environnement est un credo porteur sur le plan médiatique et institutionnel, une direction où dans notre société d’images les spécificités d’un photographe naturaliste trouvent un domaine d’application à la fois vaste et potentiellement rentable. C’est ainsi que la réalisation de reportages ou l’illustration d’ouvrages plus ou moins spécialisés se sont retrouvés être des registres d’exploitation particulièrement intéressants. Depuis un an cette voie s’est imposée comme étant la principale finalité matérielle de mon activité : La création de photoreportages, l’illustration destinée à la mise en valeur du patrimoine ou à la sensibilisation sur les problèmes récurant à l’écologie, autant de champs d’applications spécifiques où à la fois mes compétences et ma personnalité trouvent des repères et des opportunités de réalisation. Malheureusement nombreux sont les auteurs photographes tentant d’émerger dans ce domaine et la qualité du travail ne peut du coup souffrir d’aucune lacune pour être compétitive. Un autre critère contribuant à acquérir une place dans cette application est « l’ultra spécialisation », comprenez par là la mise en avant d’un domaine précis au sein de la photographie nature. Dans mon cas il pourrait s’agir d’une part du registre très spécifique des reptiles, plus particulièrement des serpents et encore plus précisément des serpents maintenus en terrariophilie, et d’autre part de la nature dans un contexte régionaliste, à savoir la mise en valeur du patrimoine naturel local. Ce dernier point touche davantage les collectivités et leurs efforts tant de promotion (identité locale et patrimoniale) que de sensibilisation. Les médias, l’édition et les collectivités sont devenus au bout de deux ans mes principaux clients. Un mot concernant mes sujets de prédilection : Le choix des reptiles est un concours de circonstance dû à la fois à un intérêt personnel et à d’heureuses rencontres, c’est de surcroît un domaine très peu exploité et pour lequel tout est à faire (contrairement par exemple aux oiseaux…), un sujet que personnellement je trouve très révélateur de notre époque et des problèmes de préjugés, de considérations découlant qu’on le veuille ou non sur l’état écologique de notre planète. Je tente en prenant en fer de lance « l’image » des serpents dans mes sujets de reportages, de montrer que la véritable écologie et donc l’avenir sont avant tout acte concret une histoire de remise en question des considérations et des idéologies aussi bien culturelles qu’individuelles. Les serpents sont probablement les animaux les plus stigmatisés d’a priori, haïs, jugés (et donc détruits) et paradoxalement les moins connus du tout à chacun… Je pense que cet exemple extrême est la parfaite illustration du principal décalage entre l’homme et son environnement et incidemment des conséquences de ses actes sur ce qui l’entoure. La nature n’a pas à être qualifiée de bonne ou de mauvaise, avec les actes qui en découlent (on protège ou on détruit, l’un étant généralement récurant à l’autre). La seule chose que nous lui devons est notre respect et notre objectivité… Parmi les autres sujets devenus majeurs dans mon travail il y a les insectes et en particulier les papillons, voir plus spécifiquement les lycènes. Ces minuscules lépidoptères sont je trouve une belle métaphore à un autres travers de la nature humaine : De si colorés animaux, de vraies œuvres d’art, et pourtant de si petites créatures ! Tellement petites et « insignifiantes » que souvent personne ne les remarque. Etrange dualité révélatrice que voilà, non ? La nature n’a pas de beau que ce qui est grandiose et rare, l’insignifiance et la banalité peut elle aussi recéler moult merveilles qui ne doivent être perdues… Mon troisième sujet majeur est les oiseaux, et là encore je préfère m’attarder à mettre en valeur les espèces les plus fréquentes et les plus ignorées, celles auxquelles on ne prends plus garde, celles qui, comme les insectes, parviennent étrangement à émerveiller tout le monde quand figées par la magie de la photographie. Celles qui pourtant sont visibles simplement en levant la tête de temps en temps… Finalement après deux années je m’aperçois que mes idéaux se sont affirmés et ont gagnés tant en maturité qu’en argumentation, en objectivité. Les domaines d’application de ces idéaux se sont affinés et ont trouvé des échos auprès d’une clientèle plus précise et directement concernées (que ce soit en terme de rentabilité ou d’investissement moral) avec à la clé une meilleure maîtrise de mon implication personnelle et professionnelle. Certains me critiquent ou s’interrogent quant à savoir quand je m’essoufflerais, quand « l’écorché vif » dont je semble donner l’image s’apaisera au profit d’un conformisme probablement moins dérangeant… Mais jour après jour et au-delà tant des désillusions que des échecs ou des murs à franchir, je m’aperçois qu’une place m’est petit à petit accordée. Je conclurais donc en disant que « non, je n’arrive pas encore à en vivre » mais que « oui, je suis fier de faire quelque chose de ma vie ». Et n’est-ce pas là l’essentiel ?