S'il fallait résumer ma démarche professionnelle à deux notions récurrentes, sans nul doute viendraient en tête l'objectivité et l'affectivité.

Objectivité : si le sens du jugement tire vers le haut en terme de préservation ce qui est culturellement couvert d'éloges, il tend au contraire à complaire dans l'oubli ce qui n'a pas cette chance, or dans le registre du vivant, cette façon de faire est aux antipodes du bon sens tant la survie de chaque créature est liée aux autres, et donc fatalement à un moment ou à un autre à une espèce dénigrée. Face à ce paradoxe lourd de conséquences, il me parait essentiel de communiquer au sujet de ces mal-aimés du règne animal pour, à défaut d'en faire des créatures appréciées, au moins restaurer un sentiment de compréhension et donc d'objectivité à leur égard.

Affectivité : en marge de son issue traditionnellement documentariste et donc très formelle, la photographie de nature peut reposer au même titre que n'importe quelle autre sur un simple rapport affectif plus ou moins spontané entre le photographe, son sujet et l'ambiance du moment. Je crois d'ailleurs que c'est de l'intensité et donc de l'intégrité de ce rapport que naissent les plus beaux clichés, ceux qui "touchent" le coeur autant que l'oeil, sans que le regard ne se borne de façon nécessairement absolue aux limites d'une course au "qui-mieux-mieux", d'un défi technique, ou encore à celles d'un réalisme parfois, admettons le, un peu trop étriqué et dogmatique pour pouvoir exprimer avec justesse ce qui est avant tout (et surtout) un instant de sincérité aussi intime et subjectif qu'unique.